Paul Tillich

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Si l'on peut considérer Barth comme le dogmaticien incontournable du protestantisme du XX° siècle, et si Bonhoeffer pourrait en être le témoin (tandis qu'Ellul pourrait en être considéré comme le sociologue), Tillich en constitue sans aucun doute le philosophe.

Le nom même de Tillich n'évoque souvent pas grand chose au philosophe français, voire européen du XXI° siècle ; il jalonne pourtant une grande partie du champ philosophique du XX° siècle, et pas seulement les espaces théoriques explicitement liés à la théologie.

Les phénoménologues le croiseront dans les parages de la pensée heideggérienne, qu'il a parfois précédée dans certains de ses constituants fondamentaux (et l'on sait que Heidegger lui-même connaissait les séminaires de Tillich avant d'écrire Être et temps). Les adeptes de l'Ecole de Francfort savent que c'est sous sa direction qu'Adorno a rédigé sa thèse d'habilitation, avant de devenir son assistant; et l'on recroise nécessairement Tillich dans les parages de l'Institut après son transfert aux Etats-Unis, plus encore si l'on s'intéresse à ce compagnon de route de l'Ecole que fut Ernst Bloch : c'est Tillich qui constitua l'un des (très rares) points d'appui (intellectuel et institutionnel) de Bloch lors de son "séjour" américain. C'est Ricoeur qui prendra sa suite à la Divinity School de Chicago ; en outre, les philosophes du droit attesteront que c'est à Paul Tillich (dont les citations se retrouveront tout au long de l'oeuvre ultérieure) que Martin Luther King avait choisi de consacrer sa thèse, etc.

Bref, Tillich est à peu près aussi présent qu'occulté dans le champ de la pensée philosophique, théologique et politique contemporaine ;  et son oeuvre se trouve parfois réduite aux ouvrages de sa période américaine quand, du point de vue philosophique, les oeuvres de la période allemande sont d'une puissance que la critique est encore loin d'avoir épuisée. Même dans le champ de la théologie proprement dite, il est le répondant philosophique de ceux qui, de Barth à Ellul, ont tenté de lutter contre les approches proprement philosophiques de l'espace religieux, que la forme même de la théologie "dialectique" a suscitées. A cet égard, la violence des attaques lancées contre les perspectives ouvertes par Tillich (par Barth et Ellul notamment) ne font que confirmer l'enjeu que représente sa pensée pour l'interprétation contemporaine des rapports entre philosophie et religion.

On peut aborder la pensée de Tillich comme on aborde celle d'Ernst Bloch, mais sous un angle inversé. L'un et l'autre se sont tenus "sur le seuil" qui distingue la philosophie de la théologie ; et il n'est même pas possible de dire que l'un (en tant qu'athée) se serait tenu du côté philosophique, alors que l'autre (en tant que chrétien) se serait tenu du côté théologique. Que l'un ait été identifié comme marxiste, et l'autre comme protestant, a sans doute joué dans leur succès (et insuccès) respectifs aux Etats-Unis. Mais cette classification ne rend justice à la pensée d'aucun des deux. Et s'il est vrai qu'eux-mêmes n'ont laissé dans leurs oeuvres que peu d'indices du dialogue qui s'établit entre leurs perspectives, leurs concepts, voire leurs centres d'intérêt (comme l'expressionnisme), et bien sûr leurs engagements (contre le nazisme, pour le marxisme) leurs deux trajectoires intellectuelles se rejoignent dans la quête commune de ce que l'on pourrait appeler une dé-positivisation (qui est donc aussi re-spiritualisation) du marxisme, et d'une "socialisation" du christianisme.

Conformément aux dispositions générales du site, la présentation des oeuvres s'effectue principalement par une anthologie de textes. En ce qui concerne la première (La dimension religieuse de la culture), dans la mesure où elle expose la quasi-totalité des concepts et des intuitions que Tillich développera durant sa période allemande, elle fait l'objet d'une présentation plus étoffée. Pour certains chapitres, l'anthologie se présente sous la forme d'un résumé suivi de l'oeuvre, dont chaque moment est relié à un ou plusieurs textes ("T"), éventuellement accompagné(s) d'une analyse ("T+A"). Toutes les références de pagination renvoient à la très belle édition (toujours en cours) des oeuvres de Tillich fondée sur la collaboration des éditions du Cerf, Labor et Fides et Presses de l'Université de Laval.

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La dimension religieuse de la culture

Ecrits du premier enseignement 1919-1926

1. Idée d'une théologie de la culture

2. Style religieux et matière religieuse en art plastique (1921)

3. Le dépassement du concept de religion en philosophie de la religion (1922)

4. La crise religieuse (1922)

5. Le concept de "sacré" chez Rudolf Otto (1923)

6. Eglise et culture (1924)

7. Les mouvements de jeunesse et la religion (1924)

8. Le démonique, un apport à l'interprétation de l'histoire (1926)

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