Léon Chestov

Léon Chestov

Chestov est un philosophe très méconnu dans le champ intellectuel européen. Il fait pourtant partie des penseurs qui ont exercé une influence majeure sur des intellectuels aussi divers que Georges Bataille (qui lui doit sans doute certaines des intuitions les plus marquantes de sa philosophie), André Malraux, Heidegger ou (par l'intermédiaire de celui qui fut son principal disciple, Benjamin Fondane), Emil Cioran.

Parmi les raisons que l'on pourrait évoquer pour expliquer cette méconnaissance, la première provient sans doute du contenu même de la "doctrine" de Chestov : c'est qu'il ne s'agit précisément pas d'une doctrine. A cet égard, la pensée de Chestov s'apparente à celle de Wittgenstein : la démarche de Chestov ne consiste pas à établir la véracité d'un ensemble d'énoncés pouvant s'articuler dans un système, mais à contraindre le lecteur à envisager la réalité sous une perspective autre. Et cette altérité n'est pas seulement une alternative, en ce qu'elle exige de renoncer à ce dont notre regard a besoin pour satisfaire aux exigences de "la raison". Le travail de Chestov s'apparente à celui d'une Pénélope inversée : il consiste à déconstruire à la lumière du jour (et non dans une ténèbre mystique) ce que nous reconstituons perpétuellement durant notre sommeil rationaliste. Et ce sommeil n'est pas seulement celui des philosophes proprement dits : c'est aussi celui de tous ceux qui s'acharnent à réduire l'au-delà transcendant à l'ici-bas rationnel, en soumettant Dieu lui-même au règne de la nécessité. A cet égard, l'appel de Chestov au triptyque : Luther-Kierkegaard-Dostoïevski, que l'on retrouve aussi chez Karl Barth, permettrait d'effectuer des rapprochements fructueux avec les courants du protestantisme contemporain (Barth, Tillich) ainsi qu'avec Ernst Bloch.

La seconde raison tient à la forme même des écrits de Chestov, qui le distingue radicalement de tous les penseurs que l'on rattache habituellement aux courants "irrationnalistes". Loin de basculer dans une terminologie plus ou moins hermétique, de tenter un "dépassement" spéculatif de la rationalité dans des formes romantiques ou mystiques, le propos de Chestov est toujours d'une clarté et d'une simplicité remarquables, marqué par un humour à la fois noir et sans cynisme, simultanément léger et tragique. On chercherait en vain dans le corpus de Chestov un ensemble de "concepts" proprement chestoviens, qui permettrraient de construire une somme synthétique. Et c'est probablement cette simplicité, jointe à l'absence de "doctrine", qui joue encore aujourd'hui contre Chestov ; comme le remarquait Daniel Epstein, il n'y a rien à "commenter" chez Chestov. On peut simplement le lire et le faire lire...

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Les révélations de la mort (1923)

(Attention : les numéros de page indiqués renvoient à l'édition originale de la traduction française par Boris de Schloezer, parue chez Plon en 1923)

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Le pouvoir des clés (Potestas Clavium) 1928

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