Tillich théologie de la culture protestantisme théonomie

Tillich

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Vous trouverez ci-dessous une anthologie commentée de textes de Paul Tillich. L'anthologie (qui ne fait que commencer...) procède par ordre chronologique, en commençant par les oeuvres allemandes. Si l'on peut considérer Barth comme le dogmaticien incontournable du protestantisme du XX° siècle, et si Bonhoeffer en est le témoin insurpassable (tandis qu'Ellul pourrait en être considéré comme le sociologue), Tillich en constitue sans aucun doute le philosophe (je laisse en suspens la question de savoir ce que l'on fait de Bultmann...) . A ce titre, il est dommage que l'on réduise souvent Tillich à sa production américaine (notamment Théologie et culture) ; d'un point de vue proprement philosophique, la période allemande est, de loin, la plus saisissante. Quant à savoir quel bénéfice un philosophe non protestant (ou tout simplement athée) peut tirer de la lecture de Tillich, tout en laissant le soin au lecteur d'en juger, je formule à titre d'hypothèse personnelle que la pensée de Tillich correspond à ce à quoi aboutiraient un grand nombre de philosophes athées s'ils étaient conséquents. Ce que l'on peut interpréter, soit (avec Barth) comme le signe que Tillich est un crypto-athée (ou du moins, un adepte de la théologie libérale, donc un crypto-catholique), soit comme le signe que les philosophes athées d'aujourd'hui sont des crypto-croyants... ce qui reste une piste à explorer.

L'anthologie se présente sous la forme d'un résumé suivi de l'oeuvre, dont chaque moment est relié à un ou plusieurs textes ("T"), éventuellement accompagné(s) d'une analyse ("T+A"). Toutes les références de pagination renvoient à l'édition des oeuvres de Tillich au Cerf, produit d'un travail élaboré par les chercheurs de l'Université de Laval. Merci à eux !

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La dimension religieuse de la culture

Ecrits du premier enseignement 1919-1926

1. Sciences de la nature, sciences de la culture

Tillich part de la distinction entre les sciences de la nature et des sciences de la culture.

Tandis que les sciences de la nature reposent sur un critère de vérité supposant la séparation radicale du sujet et de l'objet (du discours et de la réalité), les sciences de la culture invalident cette séparation. Le scientifique de la culture est immergé dans, et conditionné par, la réalité dont il parle, et il contribue à sa constitution par son discours même. Il ne peut donc y avoir de point de vue objectif dans le domaine des sciences de la culture, tout discours est un point de vue, à la fois parce qu'il s'enracine dans un contexte culturel déterminé, et aussi parce qu'il s'engage pour l'orientation de ce contexte sur une voie définie (T + A).

2. Philosophie de la religion et théologie

Tillich mobilise la distinction précédente pour différencier la philosophie de la religion et la théologie.

Le fait que tout discours des sciences de la culture s'enracine dans un contexte culturel le met en rapport avec les catégories générales qui s'y trouvent impliquées. Inversement, ces catégories générales ne prennent une forme déterminée que dans une synthèse individuelle : un contenu nouveau ne peut trouver une forme qui l'exprime que dans une synthèse inédite qui est toujours une création individuelle, historiquement et socialement située. Ainsi, tandis que la philosophie de la religion est une remontée vers les catégories générales sur lesquelles se fonde le discours théologique ; la théologie est un discours concret exprimant ces catégories selon une perspective religieuse déterminée.

La théologie n'est cependant jamais réductible à la description d'une dogmatique confessionnelle ; il s'agit donc, pour la théologie, de considérer et d'exprimer de façon confessionnelle une dimension universelle de l'histoire humaine, et non de poser une appartenance confessionnelle comme vérité absolue. (T + A)

Problème : comment concilier la dimension confessionnelle du discours théologique, et la reconnaissance de ce discours comme un moment déterminé d'une histoire générale des religions, appartenant elle-même à une histoire de la culture ? N'est-ce pas donner toute légitimité aux critiques de Barth ?

3.De l'éthique théologique à la théologie de la culture

Tillich répond par une nouvelle distinction : il faut différencier l'éthique théologique d'une théologie de la culture.

L'éthique théologique cherche à prescrire la morale correspondant à une appartenance confessionnelle, et, comme telle, ne peut jamais prétendre au statut de "science (culturelle) de l'éthique", l'éthique n'étant plus du tout déterminée par l'espace religieux dans les pays protestants contemporains. Il s'agit donc, pour Tillich, non pas d'établir une "morale religieuse" (correspondant à une optique confessionnelle déterminée), mais d'adopter une posture religieuse à l'égard de la culture en tant qu'elle constitue la source de la morale. Il faut donc passer de l'éthique théologique à la théologie de la culture. (T + A)

4. Autonomie et théonomie de la culture

Cette soustraction de l'espace religieux à l'espace de la culture doit être généralisée. Non seulement la théologie ne doit pas être identifiée au discours d'une Eglise au sein de l'espace culturel, mais il faut supprimer "en principe" tout discours religieux dans chacune des sphères spécifiques de la culture : dès qu'on valide la possibilité d'une politique religieuse (confessionnelle), d'un art religieux, d'un droit religieux, etc. on crée un conflit entre les secteurs profanes et religieux, qui ne peuvent conduire qu'à un conflit de l'âme avec elle-même.

Pour que la culture soit ainsi saisie dans une perspective théonome, elle doit reconnaître la pleine autonomie des discours culturels. (T + A)

5. La notion de religion

Cette conception de la posture théologique implique une redéfinition de la notion de « religion ». Tillich pose alors sa définition fondamentale de la religion comme expérience de l'inconditionné, expérience intrinsèquement dialectique. (T + A)

6. Autonomie et théonomie de la science et de l'éthique

Tillich introduit alors la caractérisation du point de vue qui envisage son objet dans son rapport dialectique à l'inconditionné ; ce point de vue est le point de vue théonome. On doit donc considérer que l'adoption d'un point de vue réellement théonome face à la culture (en tant qu'elle est elle-même le véritable sujet de l'éthique, de l'esthétique, de la politique, etc.) a pour contrepartie la reconnaissance de la pleine autonomie des sphères intraculturelles, notamment l'éthique et la science. (T + A)

7. Contenu et forme.

Tillich peut maintenant préciser en quoi consiste l'articulation de la théonomie et de l'autonomie. Loin de constituer des « dimensions » différentes du réel, ou des « points de vue » séparés sur la réalité, théonomie et autonomie s'articulent dialectiquement. C'est cette articulation dialectique qu'élucide Tillich en introduisant sa distinction fondamentale entre contenu et forme.

L'autonomie de la culture se fonde sur le fait que la culture est elle-même le produit d'une mise en forme d'un contenu (Gehalt), mise en forme qui tend toujours à s'autonomiser. La reconnaissance de l'autonomie des formes culturelles n'est donc que reconnaissance de la culture en sa nature même. Mais la culture ne trouve son fondement que dans un contenu qui lui échappe perpétuellement, qu'elle exprime et qui la fonde mais qu'elle ne peut jamais épuiser : et c'est cette saisie de la culture en tant que processus de réalisation conditionnelle d'un inconditionné, qui définit la posture théonomique. (T + A)

8. Contenu, forme et réalité objective

La dialectique de la forme et du contenu pose la question du statut ontologique de la réalité : quel statut accorder à la réalité phénoménale, la réalité sensible, qu'elle prenne la forme des œuvres d'art ou des institutions humaines (Église, État, etc.) ? Tillich répond par une nouvelle distinction : le contenu doit lui-même être différencié en contenu « objectif » (Inhalt), et en contenu substantiel (Gehalt). La réalité objective n'est elle-même que la concrétisation d'une forme à laquelle le contenu substantiel donne son sens. (T + A)

9. Le rôle du théologien de la culture : interpréter le monde, ou le transformer ?

La question qui se pose alors est celle qui concerne le rôle que le théologien de la culture peut et doit jouer à l'égard de la culture. Si le théologien de la culture doit assumer son enracinement et son engagement dans la réalité culturelle, et si d'autre part il doit se refuser à produire par lui-même les discours intraculturels (politiques, éthiques, esthétiques), en quoi peut consister son rôle culturel ? Peut-on concilier l'engagement dans le monde et la reconnaissance de l'autonomie des sphères culturelles ? Tillich répond en montrant l'articulation dialectique de l'interprétation et de la transformation du monde : c'est précisément par son interprétation critique de la réalité que le théologien de la culture peut participer à l'émergence du contenu qui cherche à se réaliser dans l'histoire. (T + A)

10. Première application ; théologie de l'art : la peinture expressionniste

Tillich peut maintenant présenter le type d'analyse que peut proposer la théologie de la culture. Sa première étude est consacrée à l'art, c'est-à-dire à la peinture expressionniste, dans laquelle Tillich voit une destruction des formes instituées par un contenu nouveau aspirant à une nouvelle forme expressive. L'expressionnisme pictural articule donc le oui et le non, le non opposé à une forme s'étant déjà autonomisée et que la vie même du contenu fait éclater, et le oui accordé à la forme qui vient et en laquelle le contenu aspire à se manifester. Cette dualité s'accompagne de celle de l'horreur, jaillissant du surgissement du contenu à travers la forme déconstruite, et de l'amour en tant que puissance d'union et de réconciliation. (T + A)

11. Deuxième application ; théologie de la science

Tillich propose comme deuxième exemple d'application de la théologie de la culture une présentation de ce en quoi consiste une approche théonome de la science. Là encore, il s'agit de ressaisir le processus interne de l'histoire des sciences comme processus de surgissement perpétuel de l'inconditionné, à travers des contenus s'exprimant dans les formes rationnelles du discours scientifique. Il ne peut s'agir pour une théologie de la culture d'instaurer une science théologique, mais bien de ressaisir le fondement théologique de la science en tant que production de formes par lesquelles l'inconditionné se donne à connaître mais qu'il doit perpétuellement détruire. Tillich peut ainsi clarifier le rapport de la raison à l'intuition, de la science à la métaphysique, qui ne peuvent jamais entrer en concurrence. La question (abordée dans l'analyse) est alors de savoir dans quelle mesure on peu concilier cette approche théologique du domaine scientifique et la reconnaissance de la science comme savoir, comme tel justiciable du concept de vérité (T + A).

12. Troisième application : théologie de l'éthique individuelle

Tillich propose comme troisième exemple d'application de la théologie de la culture une présentation de ce en quoi consiste une approche théonome de l'éthique individuelle. Là encore, il s'agit de ressaisir le processus interne de l'histoire de l'éthique comme processus de surgissement perpétuel de l'inconditionné, à travers des contenus s'exprimant dans les formes rationnelles du discours éthique. Il ne peut s'agir pour une théologie de la culture d'instaurer une éthique théologique, mais bien de ressaisir le fondement théologique de l'éthique en tant que production de formes par lesquelles l'inconditionné se donne à connaître mais qu'il doit perpétuellement détruire. Le caractère « anti-religieux » de la perspective nietzschéenne permet de souligner le « non » que le surgissement de l'inconditionné oppose à toute éthique instituée, ainsi qu'à tout projet de « morale religieuse » en général. Mais ce « non » est lui-même indissociable du « oui » par lequel et POUR lequel il s'affirme, dans un nécessaire dépassement du nihilisme. (Texte)

13. Quatrième application : théologie de l'éthique sociale

 

 

 

 

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